Canadian Journal of Sociology
Volume 29, Issue 2, Spring 2004

Abstracts

Pension Politics in Three Small States: Denmark, Sweden and the Netherlands
by Karen Anderson

Abstract: This article emphasizes class politics and path dependence in accounting for the development of pension regimes in Sweden, Denmark and the Netherlands. The political strength of the Swedish Social Democratic Party in alliance with the trade unions resulted in the emergence of a statist pension system. In the Netherlands and Denmark, a politically weak and divided left settled for collectively regulated but privately organized supplementary pensions. However, the Dutch and Danish cases suggest that several types of pension regime structure are capable of producing “social democratic” outcomes such as poverty alleviation, reducing income inequality, and covering various risk profiles. In both countries, private occupational pensions thus produced outcomes similar to those of Sweden. These historical choices decisively shaped the subsequent development of pensions.

Résumé: Cet article met l’accent sur la politique de classes et la continuité institutionnelle (path dependence) pour expliquer le développement des régimes de pension en Suède, au Danemark et aux Pays-Bas. La puissance politique du Parti Social Démocrate suédois dans le cadre de son alliance avec les syndicats a provoqué l’émergence d’un système de pension étatiste. Aux Pays-Bas et au Danemark, une gauche divisée et politiquement faible s’est contentée d’un système de pensions complémentaires régulé collectivement mais organisé de manière privée. Cependant, les cas néerlandais et danois suggèrent que différents types de structures institutionnelles peuvent produire des résultats “sociaux démocrates” tels que la réduction de la pauvreté, la réduction des inégalités, et la couverture de différents profils de risque. Dans ces deux pays, des pensions privées ont donc produit des résultats semblables à ceux du système suédois. Ces choix historiques ont profondément influencé les développements ultérieurs de ces systèmes de pension.

Fighting “Big Government”: Frames, Federalism, and Social Policy Reform in the United States
by Daniel Béland and François Vergniolle de Chantal

Abstract: In recent decades, historical institutionalism has contributed to the political and sociological analysis of public policy. While drawing on this fruitful theoretical approach, this article argues that institutionalist scholars should pay more attention to the specific ways in which ideas impact policy processes. In order to underline the role of ideas in policy-making, this article examines the interaction between frames, federalism, and political strategies in the United States, a country in which recent attempts to decentralize social policy have been especially spectacular and ideologically-driven. Two key pieces of legislation enacted during the Clinton presidency are examined: the Unfunded Mandates Reform Act and, more importantly, the Personal Responsibility and Work Opportunity Reconciliation Act. Starting with the fact that US conservatives have monopolized the issue of decentralisation in their struggle against federal social programmes, this article shows that attempts to create a New Federalism in the field of social policy have failed. Moreover, it demonstrates that the critique of centralization rooted in a well-established ideological repertoire is politically relevant only to the extent that there is a budgetary rationale justifying it. When it comes to conservative social issues like “family values” and “personal responsibility,” this critique loses much of its political appeal and “moral centralization” prevails.

Résumé: Au cours des récentes décennies, l’institutionnalisme historique a contribué à l’analyse politique et sociologique des politiques publiques. Tout en s’inspirant de cette approche si utile, cet article soutient que les chercheurs institutionnalistes devraient se pencher davantage sur la manière dont les idées affectent les processus d’élaboration des politiques publiques. Afin de souligner le rôle des idées dans ces processus, l’article examine l’interaction entre les cadres idéologiques, le fédéralisme et les stratégies politiques aux États-Unis, un pays dans lequel les tentatives récentes de décentralisation des politiques sociales ont été à la fois spectaculaires et fortement marquées idéologiquement. Deux législations essentielles adoptées durant la présidence Clinton sont analysées: l’Unfunded Mandates Reform Act et, plus important encore, le Personal Responsibility and Work Opportunity Reconciliation Act. En partant du fait que les conservateurs ont monopolisé la référence à la décentralisation dans leur lutte contre les programmes sociaux fédéraux, cet article montre que les tentatives de créer un Nouveau Fédéralisme dans le champ des politiques sociales ont échoué. De plus, il est démontré que la critique de la décentralisation ancrée dans une répertoire idéologique bien établi est politiquement pertinente uniquement dans la mesure où une justification budgétaire existe. Lorsqu’il est question d’enjeux sociaux conservateurs comme la “responsabilité individuelle”, cette critique perd de son intérêt et la “centralisation morale” triomphe.

Du pareil au même ? La position des quatre principales provinces canadiennes dans l’univers des régimes providentiels
by Paul Bernard and Sébastien Saint-Arnaud

Résumé: Dans la foulée des travaux de Gøsta Esping-Andersen, plusieurs études ont identifié divers régimes providentiels dans les sociétés avancées du monde occidental. L’examen d’un ensemble d’indicateurs sociaux au moyen d’analyses de classification hiérarchique permet de confirmer l’existence de tels modèles, qui correspondent à des articulations spécifiques entre la famille, l’État et le marché pour produire les ressources nécessaires au bien-être des individus. En fait les auteurs ont identifié, dans un travail antérieur (Saint-Arnaud et Bernard, 2003), quatre ensembles de pays, correspondant aux trois régimes identifiés à l'origine par Esping-Andersen –social-démocrate, libéral, conservateur– auxquels s'ajoute, comme l'avaient anticipé plusieurs auteurs, un régime distinct de ce dernier, le régime familialiste. Ils examinent ici, avec la même approche méthodologique, la situation des quatre plus grandes provinces canadiennes –le Québec, l’Ontario, l’Alberta et la Colombie britannique– au milieu des années 90, pour voir à quel régime elles se rattachent. Il s’agit de déterminer si leur appartenance à un même pays les rend semblables entre elles et proches des caractéristiques moyennes de ce pays, ou si, au contraire, elles présentent des écarts notables, correspondant à des différences économiques, politiques et culturelles entre elles dont l’expression serait rendue possible parce que plusieurs des instruments clé d’intervention en matière de politiques sociales sont contrôlés par les provinces dans le régime fédéral canadien. Les résultats indiquent une marge de variation limitée mais réelle, l’Alberta tendant à se rapprocher du modèle “ultra-libéral” américain, tandis que le Québec manifeste des penchants plus européens, souvent social-démocrates.

Abstract: Following the seminal work of Esping-Andersen, many studies have identified a variety of welfare regimes in advanced Western societies. Analyzing a set of quantitative social indicators, using hierarchical cluster analysis, allows the identification of such regimes, which display specific arrangements between markets, the State, and families in the production and distribution of the resources required for the material well-being of people. Indeed we have confirmed, in earlier work (Saint-Arnaud and Bernard, 2003), the existence of four regimes, the three originally proposed by Esping-Andersen —social-democratic, liberal, and conservative— to which one must add, as many authors have pointed out, a fourth regime, distinct from the latter, called familialistic. We examine here, using the same methodological approach, the situation of the four largest Canadian provinces –Québec, Ontario, Alberta, and British Columbia– in the middle of the 90s, to determine which regime they belong to. The main issue is whether their belonging to the same country makes them very similar to the average profile of Canada, or whether, on the contrary, they display notable divergences, stemming from economic, political and cultural differences among them; the latter would manifest themselves to the extent that many key social policy areas are under provincial jurisdiction and control in the Canadian federation. The results indicate modest, albeit significant, variations: Alberta somewhat resembles the “ultra-liberal” United–States, while Québec leans in the direction of Europe, and to some extent, of social-democracy.

Creeping Conditionality in the UK: From Welfare Rights to Conditional Entitlements?
by Peter Dwyer

Abstract: A widely recognised central tenet of New Labour’s ‘Third Way’ is no rights without responsibilities. The extent to which this idea underpins the British government’s approach to welfare reform has been extensively commented upon. Initially, the article places the UK reforms in the context of wider theoretical debates about welfare reform in Western states. It then highlights the ways in which a principle of conditionality is being practically applied in a wide range of sectors in the UK including; social security, housing, education, and health. The details and impact of recent relevant legislation and initiatives are discussed. It is argued that as policies based on conditional entitlement become central to the ongoing process of welfare reform the very idea of ‘welfare rights’ is systematically undermined.

Résumé: L’un des fondements de la “Troisième Voie” du Parti Travailliste est l’absence de droits sans responsabilités. La portée réelle de l’influence de cette idée sur l’approche du gouvernement britannique au sujet de la réforme de l’aide sociale a été largement commentée. Dans un premier temps, l’article replace les réformes britanniques dans le contexte plus vaste des débats théoriques au sujet de la réforme de l’aide sociale dans les pays occidentaux. Il souligne ensuite la manière dont le principe de conditionnalité est mis en œuvre dans une grande variété de secteurs au Royaume-Uni: notamment la sécurité du revenu, le logement, l’éducation et la santé. Les détails et l’impact d’initiatives et de législations récentes en ces domaines se trouvent analysés. Il s’agit de démontrer que l’avènement de politiques fondées sur le principe de conditionnalité s’est placé au centre d’un processus de réforme de l’aide sociale qui érode systématiquement l’idée même de “droits sociaux”.

Changing the Paradigm: Family Responsibility or Investing in Children
by Jane Jenson

Abstract: Since the 1980s and even more markedly in the 1990s, new public policies and programs with “child” or “children” in the title have proliferated in Canada. This article makes the claim that this shift in policy focus marks the appearance of a new policy paradigm. The article supports this claim first by describing change over time, characterizing it as shift from a paradigm in which parents have full responsibility for their children’s well-being to one that can be labeled an investing-in-children paradigm, in which responsibility for children’s well-being is shared by families and the broader community. In each case, the role of the state and its public policy choices are quite different. The article next accounts for the change, attributing it not only to new social and economic risks but also to the work of a social-learning network made up of advocates and experts from civil society and inside the state.

Résumé: Depuis les années 1980 et 1990, les politiques publiques dont le titre contient les mots “enfant” ou “enfance” ont proliféré au Canada. L’auteure de cet article soutient que ce changement de perspective annonce l’émergence d’un nouveau paradigme de politiques publiques. L’argument est formulé en deux étapes. Dans la première partie, ce changement est décrit et analysé comme le mouvement d’un paradigme dans lequel les parents ont toute la responsabilité du bien-être de leurs enfants vers un paradigme dans lequel la collectivité partage cette responsabilité avec les parents, à savoir un paradigme “d’investissement dans l’enfant”. Le rôle de l’État et les choix de politiques publiques diffèrent d’un paradigme à l’autre. Dans la deuxième partie, les facteurs à l’origine de ce changement sont présentés: l’émergence de nouveaux risques économiques et sociaux; les interventions d’un réseau d’apprentissage social composé d’experts travaillant au sein de la société civile et de l’appareil d’État.

Manitoba’s Childcare Regime: Social Liberalism in Flux
by Susan Prentice

Abstract: This article assesses the ‘social liberalism’ of Manitoba’s childcare system, drawing on welfare state regime theory. Childcare in Manitoba is characterized by more social solidarity than in other English provinces. Longstanding design features have created a distinctly progressive Manitoba tradition in childcare, in place since the establishment of provincially regulated childcare. Recently, under the NDP, restructuring has occurred in childcare policy, policy-making institutions and the political opportunity structure. Key examples include a wide-reaching community consultation, the announcement of a provincial Five Year Plan, innovative funding, and a new relationship between social actors and the state. Despite the flux introduced by such changes, the overall effect has been to further entrench social liberalism rather than generate regime change. Failure by legislators to significantly improve childcare cannot be attributed to entrenched policy legacies, which instead readily lend themselves to transformation. As a result childcare in Manitoba highlights the degree to which policy redesign is a political, not a technical, problem.

Résumé: Inspiré de la théorie des régimes providentiels, cet article évalue le “libéralisme social” du système manitobain de garde à l’enfance. Au Manitoba, les services de garde se caractérisent par davantage de solidarité sociale que ceux des autres provinces anglophones. Dans cette province, des caractéristiques institutionnelles présentes depuis l’établissement d’un mode provincial de régulation ont créé une tradition progressiste distincte dans le champ des services de garde à l’enfance. Récemment, sous le règne du NPD, il s’est produit une restructuration des politiques de garde, des institutions d’élaboration des politiques publiques ainsi que de la structure d’opportunité politique. Les exemples les plus marquants incluent une vaste initiative de consultation publique, l’annonce d’un Plan Quinquennal provincial, des innovations en manière de financement et l’avènement d’une nouvelle relation entre les acteurs sociaux et l’État. Malgré le mouvement perpétuel apporté par ces initiatives, leur effet global a été de renforcer davantage le libéralisme social au lieu de générer un changement de régime. L’absence d’amélioration majeure aux services de garde ne peut être attribuée à de profonds héritages institutionnels, qui ont au contraire tendance à se transformer. Conséquemment, les politiques de garde au Manitoba soulignent la nature politique, et non technique, de ce problème.