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Capital social, capital humain et sortie de laide sociale pour des prestataires de longue duréeMaurice Lévesque
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| [au bas du tableau ] | |||
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Statistiques descriptives des caractéristiques socio-démographiques et des composantes du «capital humain»*
|
|||
| personnes | |||
| en insertion | |||
| prestataires | précaire | ||
| (%) | (%) | ||
|
Caractéristiques socio-démographiques
|
|||
| genre (féminin) | 51.9 | 50.0 | |
| âge (moyenne en années) | 41.3 | 39.1 | |
| statut civil | |||
| marié légalement | 13.9 | 3.9 | |
| déjà marié (séparé, divorcé, veuf) | 25.9 | 19.4 | |
| célibataire (jamais marié) | 60.2 | 66.7 | |
| présence denfants (oui) | 65.7 | 59.3 | |
| présence denfants à la maison (oui) | 40.7 | 41.7 | |
| présence denfants dâge préscolaire (oui) | 6.5 | 8.3 | |
| nombre denfants (moyenne) | 1.5 | 1.2 | |
| être en situation de monoparentalité | 24.1 | 15.7 | |
| Régions | |||
| Montréal | 33.3 | 36.1 | |
| Laval | 33.3 | 30.6 | |
| Québec | 33.3 | 33.3 | |
| Capital humain | |||
| scolarité | |||
| sans diplômes | 60.2 | 43.5 | |
| diplôme détudes secondaires | 26.9 | 38.0 | |
| diplôme détudes collégiales | 7.4 | 13.9 | |
| baccalauréat | 5.6 | 4.6 | |
| participation (oui) | 61.1 | 59.3 | |
| posséder au moins une expérience de travail dune durée de 6 mois consécutifs avant octobre 1993 (oui) |
91.7 | 90.7 | |
| nombre dannées dexpérience de travail accumulées avant octobre 1993 (moyenne en années) |
10.2 | 8.7 | |
| Durée totale à laide sociale avant octobre 1993 (moyenne en années) |
6.9 | 6.4 | |
| N | 216 | ||
|
|
|||
| * aucune différence significative à p < .05. | [á haut du tableau] | ||
[au bas du tableau]
Facteurs [1]
1
2
3
4
5
Nombre de liens dans le réseau des
relations demploi.867
.303
.233
*
*
Nombre de relations proches dans le
réseau des relations demploi.848
*
*
.238
*
Nombre potentiel de liens dans le
réseau des relations demploi.840
.382
.208
*
*
Nombre de relations identifiées par
ego, réseau potentiel des relations
demploi.839
.351
.245
*
*
Nombre de liens dans le réseau des
relations sociales.241
.909
*
*
*
Nombre de liens dans le réseau
intégral.436
.860
.158
*
*
Nombre de relations identifiées par
ego (réseau des relations sociales).258
.774
*
.531
*
Nombre de relations identifiées par
ego (réseau intégral).431
.752
.152
.441
*
Moyenne de la proximité émotive
dans le réseau des relations demploi*
-.258
-.857
.167
*
Nombre total de relations distante
dans le réseau des relations demploi.518
.276
.737
*
*
Nombre moyen de rôles dans le
réseau des relations demploi*
*
.719
*
*
Moyenne du nombre de relations
ego-alter dans le réseau intégral*
*
*
.917
*
Nombre de personnes avec qui ego a
des relations intimes dans le réseau intégral*
.320
*
.593
.172
Nombre d'organismes qui font partie
du réseau*
*
*
*
.903
Avoir au moins un organisme dans
son réseau*
*
*
*
.893
* indique que la valeur des coefficients de saturation est inférieure à 0.15.
1. le modèle explique 84% de la variance, seules les variables retenues sont présentées.
Facteur 1 : taille du réseau des relations demploi
Facteur 2 : taille des réseaux de relations sociales et intégral
Facteur 3 : les liens faibles
Facteur 4 : lintimité
Facteur 5 : réseau dorganisme
[á haut du tableau]
Linfluence des réseaux sur la probabilité de faire partie de lun ou lautre des groupes
Lhypothèse de la recherche est testée en trois temps. Tout dabord, une analyse de régression logistique est conduite pour identifier linfluence des facteurs traditionnels (les caractéristiques individuelles et situationnelles, le capital humain et la durée à laide sociale) sur la probabilité de faire partie du groupe en insertion. On examine ensuite si les 5 facteurs de létendue des réseaux identifiés à la section précédente ont la capacité de prédire lappartenance à lun ou lautre des groupes dobservation. Finalement, un troisième modèle de régression logistique est développé pour cerner linfluence nette des facteurs de réseau en présence des facteurs traditionnels. On retrouve les résultats de ces analyses au tableau 4.
Le premier modèle présente une analyse de linfluence des facteurs traditionnels sur lappartenance au groupe 2. Le modèle de régression nest pas significatif, cest-à-dire que lensemble des facteurs inclus dans ce modèle ne peut expliquer lappartenance à lun ou lautre des groupes. Si on considère que les données descriptives présentées au tableau 2 ne présentent aucune différence significative entre les deux groupes ce résultat étonne guère. Les conséquences de cette situation seront explorées dans la section suivante.
Le deuxième modèle de régression logistique identifie quatre facteurs de réseau qui ont une influence significative sur la probabilité dappartenir au groupe des personnes en insertion précaire. Il sagit des deux facteurs de taille des réseaux, de la force des liens et de la présence dorganismes dans le réseau. Le facteur dintimité na pas de contribution significative au modèle. Pour les deux premiers facteurs, les ratios de cotes sont de 1.83 et 1.92, indiquant un rapport positif entre la taille des réseaux et lappartenance au groupe des personnes en insertion. La présence de liens faibles a un effet similaire avec un ratio de cotes de 2.1. Par contre, la présence dorganismes dans le réseau réduit la probabilité dappartenir au groupe 2, la valeur du ratio de cotes est de 0.69.
Le troisième modèle intègre les facteurs de réseau et les facteurs traditionnels. Les résultats montrent quen présence des facteurs traditionnels, les facteurs réticulaires conservent leurs effets significatifs, et on observe un léger accroissement de la valeur des ratios de cotes.
Ces analyses illustrent que, pour les prestataires de longue durée observés, les caractéristiques de létendue de leurs réseaux sont les meilleurs marqueurs de lappartenance à un groupe de personnes qui ont réussi à quitter la sécurité du revenu de façon plus ou moins précaire. Les résultats soutiennent donc lhypothèse voulant quil existe des différences marquées dans la constitution des réseaux sociaux des deux groupes de personnes sous observation et que cette différence a contribué à la sortie de laide sociale pour le second groupe.
Ces résultats conduisent cependant à sinterroger sur le sens de la relation qui existe entre les réseaux et la sortie de laide sociale : est-ce les réseaux qui conduisent à la sortie de laide sociale, ou la sortie de laide sociale qui conduit au développement de réseaux de meilleure qualité ? Lexamen de la durée des liens qui constituent les réseaux peut nous fournir quelques indications utiles pour répondre à cette question. En considérant que la période qui suit la sortie de laide sociale est plus récente, si les réseaux des personnes en insertion précaire ont été formés après cette sortie, la durée des contacts avec les membres de leurs réseaux devrait être inférieure à celle observée pour les prestataires toujours inscrits à laide sociale. Une analyse de la durée des liens dans le réseau demploi montre quil ny a pas différence significative entre les deux groupes [9]. Par ailleurs, pour les personnes en insertion, seulement 2 % de ces liens ont une durée inférieure à 5 ans, ce qui démontre que la plupart des liens, et donc des réseaux, ont été constitués avant la sortie de laide sociale. Ces résultats incitent à croire que ce sont les réseaux qui ont joué un rôle important dans la sortie de laide sociale alors que la situation inverse est improbable.
[au bas du tableau]
B
Ratio
de
cotesB
Ratio
de
cotesB
Ratio
de
cotes
Constante
.8447
.0614
.1074
genre (féminin)
.0796
1.0828
.1855
1.2039
âge
-.0190
.9812
.0038
1.0038
statut civil [2]
séparé, divorcé, veuf
.1137
1.1204
-.1066
.8989
célibataire (jamais marié)
.0876
1.0916
-.1777
.8372
présence denfants
.3331
1.3953
.2512
1.2856
présence denfants à la maison
.7231
2.0609
1.0583
2.8816
présence denfants dâge
préscolaire
-.1514
.8595
-.5544
.5744
nombre denfants
-.2360
.7898
-.3790
.6846
être en situation de
monoparentalité
-1.0999
.3329
-1.0895
.3364
régions [3]
Laval
-.2503
.7786
.0151
1.0152
Québec
-.2125
.8086
.3526
1.4227
scolarité [4]
diplôme secondaire
.7070
2.0279
.2700
1.3099
diplôme collégial
.9874
2.6843
.3197
1.3767
diplôme universitaire
.0899
1.0941
-.6546
.5197
avoir participé à un programme
-.3288
.7198
-.2789
.7566
avoir de lexpérience de travail
( + 6 mois consécutifs) avant
octobre 1993
-.0665
.9356
.8007
2.2270
nombre dannées dexpérience
avant octobre 1993
-.0116
.9885
-.0196
.9806
nombre dannées à laide sociale
avant octobre 1993
-.0059
.9941
.0153
1.0154
Facteur 1 : taille du réseau des
relations demploi
.6038***
1.8291
.7247***
2.0641
Facteur 2 : taille des réseaux de
relations sociales et intégral
.6526***
1.9206
.6665***
1.9474
Facteur 3 : les liens faibles
.7343****
2.0840
.8274****
2.2873
Facteur 4 : lintimité
.2611
1.2983
.2132
1.2377
Facteur 5 : réseau dorganismes
-.3780*
.6852
-.5106**
.6002
N [6]
- 2 log likelihood
Degrés de liberté
Chi-square
* p < 0.05, ** p < 0.01, *** p < .001, **** p <.0000
1. le groupe de référence est le groupe 1 : les prestataires actuels.
2. la catégorie de référence est marié légalement.
3. la région de référence est Montréal.
4. la catégorie de référence est sans diplôme.
5. le modèle prédit 75.6% des observations.
6. pour les modèles 2 et 3 il y a 7 informations manquantes.
[á haut du tableau]
Discussion
Le premier constat qui ressort des résultats présentés est labsence dinfluence significative des facteurs traditionnels sur la probabilité de faire partie du groupe en insertion. Dune certaine manière ces résultats contredisent les conclusions de nombreuses recherches qui établissent un lien entre lun ou lautre de ces facteurs et la propension à quitter laide sociale.
Il faut cependant rappeler que la population observée ici est différente de celles étudiées dans la plupart de ces recherches. Tous les prestataires de notre échantillon ont passé au moins deux années consécutives à laide sociale et, au début de la période dobservation, la durée moyenne à laide sociale dépasse les 6 années. Cette situation indique que les personnes de notre échantillon constituent un groupe particulier de prestataires, ce qui est dailleurs en lien avec lobjectif de la recherche qui est de cerner les facteurs qui influencent la sortie de laide sociale pour des prestataires de longue durée.
Les caractéristiques individuelles et situationnelles sont similaires entre les deux groupes indiquant quelles ne constituent pas un obstacle insurmontable pour la sortie de laide sociale. Par exemple, même en ayant atteint lâge auquel ce facteur commence à compter négativement pour linsertion en emploi, les personnes en insertion ont pu quitter le système de sécurité du revenu.
La structure du marché du travail dans lequel les personnes évoluent, elle aussi, nintervient pas de façon significative sur la probabilité de sortie. Bien que les variations dune région à lautre ne sont pas de très grande ampleur on aurait pu sattendre à un effet significatif, même limité. Par contre, même si linscription globale à laide sociale varie de façon significative selon le taux de chômage (Fortin et Séguin, 1996), on sait quil demeure toujours un bassin dinscrits, qui sont très souvent des inscrits de longue durée comme ceux qui composent notre échantillon, qui ne semblent pas être très affectés par lévolution du marché du travail (Bane et Ellwood, 1994).
Plus important cependant est labsence deffets significatifs des composantes du capital humain sur la probabilité de faire partie du groupe en insertion. Cette situation illustre, selon nous, un élément majeur pour la compréhension de la dynamique de laide sociale de longue durée. Les prestataires de longue durée de notre échantillon, contrairement à certaines perceptions, napparaissent pas aussi démunis sur le plan du capital humain « formel » quon le dit souvent. Ils ont des expériences de travail relativement importantes et, dans les deux groupes, on retrouve des proportions significatives dindividus qui ont une formation académique complète, souvent de niveau post-secondaire. Du point de vue du capital humain et de la durée du séjour à laide sociale les deux groupes ne se démarquent pas. Et pourtant, au moment de la collecte, les personnes en insertion précaire avaient pu quitter laide sociale et les autres non. Loin dêtre associé à des facteurs contingents, les analyses montrent que ce qui distingue le groupe en insertion de lautre ce sont les caractéristiques de leurs réseaux personnels qui affichent un lien significatif avec la sortie de laide.
Cette absence de relations entre le capital humain et la sortie peut trouver son explication dans lhypothèse avancée par plusieurs chercheurs (entre autres Lacroix, 1997 ; Barrett, 1994 ; Duclos et al. 1996) à leffet que la valeur du capital humain diminue avec la durée du séjour à laide sociale. Selon cette hypothèse, il apparaît logique que le fait de choisir dobserver des prestataires de laide sociale de longue durée entraîne une diminution de limpact des facteurs de capital humain, la valeur de ce dernier ayant déjà été dépréciée pour cette population.
Bien quil existe de nombreux débats quant à la validité de cette hypothèse, si on la retient, il faut obligatoirement sinterroger sur la manière de déterminer la valeur du capital humain. En effet, selon les critères habituellement retenus, toutes les personnes observées disposent de caractéristiques de capital humain qui sont relativement importantes. Si ces dernières napparaissent pas suffisantes pour permettre de quitter laide sociale, cest que la valeur du capital humain ne se limite pas à la simple possession de ces différentes composantes. Ce ne serait donc pas labsence de ces composantes du capital humain en elle-même qui pose problème, mais plutôt le fait que la valeur quelles possèdent est limitée. Cela conduit à établir une distinction entre les composantes du capital humain et leur valorisation qui, elle, semble passer par une participation au marché du travail.
Les résultats nous éloignent donc dune conception du capital humain qui fait reposer sa valeur sur ses caractéristiques propres tel que proposée par Becker (1964), et attirent lattention vers limportance de considérer que la valeur du capital humain est fonction à la fois de ses caractéristiques propres et de létat du marché dans lequel il est impliqué (ou non) [10]. Par exemple, la première conception postule quun détenteur de baccalauréat possède un certain niveau de capital humain, alors que, dans la seconde, le baccalauréat a une valeur de capital humain seulement sil est échangé sur un marché et ce sont les particularités de ce marché qui détermine sa valeur.
Cette distinction jette un éclairage nouveau sur les limites des programmes de développement de lemployabilité. Ceux-ci visent principalement lacquisition de différentes composantes du capital humain par les prestataires, mais néglige le processus de valorisation de ces composantes qui passe par une participation normale au marché du travail, participation à laquelle les emplois subventionnés ou les programmes dinsertion de toutes sortes, plus ou moins rémunérés, ne semblent pas pouvoir suppléer. Cest dailleurs à ce niveau que le capital social peut intervenir avec le plus dimpacts en favorisant la valorisation du capital humain soit directement, par le biais de la référence auprès demployeurs par exemple, soit indirectement en facilitant lintégration au marché du travail, par linformation notamment.
Si on considère maintenant chacun des facteurs de réseau pris isolément, les résultats montrent que les ressources comprises dans les réseaux peuvent constituer un apport significatif qui permet de rendre compte de la diversité des parcours de prestataires de longue durée. La taille des réseaux et les liens faibles sont positivement corrélés avec la sortie de laide sociale, alors que le niveau dintimité dans le réseau na pas deffets significatifs [11].
Le rôle joué par les organismes dans ce portrait mérite quon sy attarde. La prise en compte de ces derniers dans lanalyse de létendue des réseaux reposait sur lhypothèse que ceux-ci peuvent constituer une ressource pour les individus, soit par le biais des services quils rendent, soit par le potentiel délargissement des réseaux sociaux quils constituent. Les résultats montrent que la présence dorganismes a un effet négatif sur la probabilité de faire partie du groupe en insertion ce qui va à lencontre des résultats attendus. Bien que les informations disponibles ne permettent pas de la vérifier, une hypothèse peut être avancée pour rendre compte de cette situation. La participation à des organismes dentraide, de défense des droits, etc. met en contact des personnes de même statut socio-économique, cest-à-dire des personnes qui ont besoin des services de ces organismes. Même si la participation à ces groupes peut favoriser latteinte de certains objectifs comme obtenir une aide alimentaire, vestimentaire, ou favoriser une certaine « insertion sociale », on peut croire quelle contribue à maintenir ou à insérer les participants à lintérieur de réseaux sociaux qui ne possèdent pas le type de ressources ou de capital social qui peuvent favoriser la sortie de laide sociale (White, 1994). Cette hypothèse va dailleurs dans le sens des conclusions des travaux de Nan Lin et de ses collaborateurs (1981a, 1981b, 1986) qui suggèrent que lutilité dun lien social est fonction du statut social des personnes qui sont impliquées. Elle va aussi dans le sens des travaux récents sur le capital social qui propose que la valeur du capital social est moins fonction de lexistence de liens sociaux en tant que tels, que de la valeur des ressources auxquelles ces liens donnent accès (Lévesque, 2000 ; Lin, 1999 ; Lévesque et White, 1999).
Ces derniers font cependant ressortir le fait quil existe deux composantes à la valeur du capital social. Dune part, une dimension structurelle, cest-à-dire les ressources structurellement présentes dans les réseaux, dautre part, une dimension dynamique, cest-à-dire la capacité des acteurs de mobiliser les ressources structurellement disponibles dans les réseaux sociaux. Les résultats présentés ici mettent laccent exclusivement sur la dimension structurelle du capital social. Il reste donc à établir de quelle façon ces ressources ont été mobilisées par les personnes afin de favoriser leur sortie de laide sociale. Cet examen devrait chercher à identifier, par exemple, si effectivement les personnes en insertion précaire ont utilisé des liens réticulaires comme moyen pour sortir de laide sociale.
Conclusion
Cette recherche a mis en évidence le lien entre la valeur du capital social et la probabilité de faire partie dun groupe de prestataires de longue durée qui a quitté laide sociale à un moment précis. De plus, et cest peut-être ce qui est le plus remarquable, le capital social constitue le seul facteur qui intervient pour distinguer les deux groupes observés. Tous les facteurs qui sont traditionnellement invoqués pour rendre compte de la sortie de laide sociale et qui ont été considérés ici, nont pas deffets significatifs sur le parcours de ces prestataires de longue durée.
Cette prédominance du capital social dans le parcours vers la sortie de laide sociale interpelle la façon dont les politiques de réinsertion en emploi sont formulées. Les limites des démarches de développement du capital humain étaient déjà bien connues (Lacroix, 1997), sans quil y ait cependant dalternatives évidentes à cette approche. En faisant ressortir limportance du capital social dans le développement dune plus grande autonomie pour les prestataires de longue durée, cette recherche ouvre de nouvelles perspectives. Elle montre que, pour ces personnes, latteinte de cette autonomie passe par linsertion dans des réseaux sociaux qui peuvent fournir un capital social apte à favoriser le développement de cette dernière, plutôt que linscription des personnes dans des réseaux composés principalement de prestataires et de fournisseurs de services qui leur sont destinés.
Comme il a été mentionné plus haut il reste toutefois à établir de façon plus nette de quelle façon sorganise concrètement la dynamique du capital social pour produire des effets sur latteinte dune autonomie à légard de laide sociale. Pour aller plus avant, dautres travaux centrés sur cette dimension dynamique du capital social, cest-à-dire sur ses modes de constitution, de maintien, de développement et de mobilisation, seront nécessaires.
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1994 « La gestion communautaire de lexclusion », Lien social et Politiques, 32 : 3751.
Notes
1 Pour les trois quarts des répondants cette limite de 10 personnes na pas été atteinte. Cette restriction a affecté environ 20% des répondants. Le nombre de contacts éliminés nest cependant pas très élevé se limitant la plupart du temps à 1 ou 2.
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2 Cette approche pour mesurer la densité est différente de celles habituellement utilisées qui renvoient au rapport entre le nombre de liens entre les alters et le du nombre de liens possibles (voir Degenne et Forsé, 1994).
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3 Ces informations ne sont pas disponibles pour le réseau des relations sociales.
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4 Pendant toute la période de la collecte et lannée précédente, le taux de chômage est le plus élevé à Montréal et le plus faible à Laval, Québec occupe une position mitoyenne. Lécart entre Montréal et Laval est, en moyenne, de 2 points de pourcentage. Par ailleurs, en 1997, on observe dimportantes variations dans la structure socio-économique des trois régions. Par exemple, les Industries manufacturières occupent proportionnellement deux fois plus de personnes à Montréal et Laval quà Québec. Les emplois du secteur Commerce sont proportionnellement plus nombreux à Laval qui possède aussi le secteur Services le moins développé. Finalement, Québec a la plus grande proportion de main-doeuvre intégrée dans lAdministration publique (ces informations proviennent du site internet de lInstitut de la statistique du Québec).
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5 Ces informations ont pu être obtenues suite à une autorisation de la Commission daccès à linformation du Québec.
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6 Septembre 1991 correspond à la première inscription à laide sociale pour 15% des répondants. Cette proportion est similaire pour les deux groupes. La durée moyenne de linscription à laide sociale est présentée au tableau 2.
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7 Ce critère peut apparaître quelque peu alambiqué, mais il résulte des contraintes de la réalité particulière de la population des prestataires de longue durée au Québec. En effet, très peu de prestataires de longue durée quittent le système daide sociale de façon définitive à un moment précis (dans notre cas, septembre 1993). Les critères utilisés pour définir ce groupe sont les plus « sévères » qui pouvaient être retenus tout en permettant la constitution dun échantillon de la taille voulue. Ajoutons que pendant la période de référence de trois ans, 57.4% des personnes en insertion précaire nont reçu aucune prestation de laide sociale, les autres ont touché des prestations, en moyenne, pendant 9 mois.
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8 Analyse en composante principale, rotation varimax.
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9 Les résultats de lanalyse de comparaison de moyenne sont les suivants : t 1.713, df. 207, p > .05. La durée des liens nest disponible que pour le réseau demploi.
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10 Cest dans cette direction que Bourdieu (1986) traite de la valeur du capital culturel. Le capital culturel peut être considéré comme une variante du capital humain qui inclut certaines dimensions non considérées dans le capital humain, dont les « dispositions » des individus.
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11 Notons que les résultats concernant lintimité, sils sont conforment aux hypothèses émises dans cette recherche, se démarquent des approches qui considèrent que la disponibilité de liens dintimité (famille, amis) constituent une forme de soutien social importante notamment pour les soins, le soutien psychologique, etc. Les résultats présentés ici ne contredisent pas ces courants de pensée, mais attirent lattention sur le fait que les réseaux qui sont réputés fournir du « soutien social » ne sont pas nécessairement de même nature que ceux qui favorisent laccès à un meilleur statut social.
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