Capital social, capital humain et sortie de l’aide sociale pour des prestataires de longue durée

Maurice Lévesque
Deena White

Canadian Journal of Sociology 26, 2 (2001): 167-192.

Résumé : Les recherches portant sur les facteurs qui influencent la sortie de l’aide sociale ont surtout mis l’accent sur le déficit de « capital humain » des inscrits. La recherche dont les résultats sont présentés ici repose sur l’hypothèse que, pour des prestataires de longue durée, le capital social joue un rôle déterminant dans la sortie de l’aide sociale. Le capital social est défini comme les ressources qui sont potentiellement rendues accessibles par la participation à des réseaux sociaux Cette hypothèse est vérifiée en reconstituant les réseaux sociaux de 216 prestataires et « ex-prestataires » de longue durée de l’aide sociale et en mettant en relation les caractéristiques réticulaires avec la probabilité de sortir de l’aide sociale. Les analyses montrent que, pour ces personnes, le capital social constitue la ressource la plus significative pour prédire la sortie de l’aide sociale et ce en contrôlant l’effet du capital humain et des caractéristiques socio-démographiques et situationnelles.

Abstract : Research on the factors influencing exit from welfare or social assistance has usually focussed on beneficiaries “human capital” deficits. The results of the research presented here are founded on the hypothesis that, for long-term welfare recipients, it is rather social capital that plays the determining role in their exit from welfare. Social capital is defined as the resources that are potentially accessible through participation in social networks. The hypothesis is tested by reconstructing the social networks of 216 randomly chosen long-term welfare recipients and ex-long-term-beneficiaries, and by examining their network characteristics in relation to their probability of having exited welfare. The analyses show that, for this sample, social capital constitutes the most significant resource for predicting welfare exit, even when controlling for the effect of human capital and both socio-demographic and situational characteristics of the subjects.


Introduction

Les préoccupations relatives au système de sécurité du revenu au Canada, comme dans la plupart des pays occidentaux, s’articulent autour de certains grands axes dont les principaux sont les coûts reliés à ces systèmes, leur efficacité ainsi que leurs impacts. Les questions tournent habituellement autour de thèmes comme la durée du passage dans le système (O’Neil et al. 1987), l’identification des personnes les plus susceptibles d’y avoir recours (Duclos et al. 1996), le développement d’une dépendance à l’égard du système (Harris, 1996), l’efficacité des mesures d’insertion ou de réinsertion au marché du travail (Lacroix, 1997), etc. Toutes ces interrogations s’inscrivent dans un contexte où les politiques sont de plus en plus orientées vers la réduction de la dépendance à l’égard de l’État plutôt que vers la lutte à la pauvreté (Morris et Williamson, 1987).

L’accent étant placé sur la sortie des systèmes d’aide sociale de nombreuses de recherche ont été conduites afin de cerner les facteurs qui influencent cette sortie. Un grand nombre de ces recherches ont mis l’accent principalement ou uniquement sur l’effet du capital humain des inscrits (Blank, 1989 ; Blank et Ruggles, 1994 ; Barrett, 1994 ; Duclos et al., 1996 ; Moffitt, 1992 ; O’Neil et al., 1987 ; Bane et Ellwood, 1994). Développé par Becker (1964) le concept de capital humain renvoie principalement aux compétences que les individus peuvent faire valoir sur le marché du travail. L’hypothèse générale qui sous-tend ces recherches veut que l’inscription et la persistance à l’aide sociale découlent d’un déficit de capital humain des inscrits en regard des exigences du marché du travail. Dans certains cas, on considère que ce déficit conduit à l’inscription dans le système, dans d’autres, que le système lui-même crée ce déficit en provoquant une diminution de la valeur du capital humain des inscrits, particulièrement ceux de longue durée (Lacroix, 1997 ; Duclos et al., 1996 ; Barrett, 1994). Cette conception a eu un impact majeur au Canada, aux USA et dans plusieurs autres pays occidentaux où on a mis sur pied un grand nombre de programmes visant le développement de l’employabilité des prestataires, c’est-à-dire de leur capital humain, par le biais de formations professionnelle ou scolaire ou de programmes visant l’amélioration de différentes habiletés de travail (aide à la recherche d’emplois par exemple) (Bouchard et al. 1996 ; Dechêne, 1994).

La plupart de ces recherches et interventions conçoivent les prestataires comme des individus plus ou moins isolés, et la dynamique de la participation à l’aide sociale comme un rapport direct entre des caractéristiques individuelles plus ou moins médiatisées par des effets de conjoncture (avoir des enfants, résider dans telle ou telle région, être confronté à un marché du travail plus ou moins propice) et la participation au marché du travail.

La recherche dont les résultats sont présentés ici adopte une approche différente. Considérant que les individus disposent de multiples ressources, dont le capital humain n’est qu’une des composantes, elle met l’accent sur l’analyse des réseaux sociaux en tant que révélateur du capital social dont dispose des prestataires d’aide sociale avec comme objectif principal de déterminer si ce capital social est en mesure d’influer sur la sortie de l’aide sociale et ce en tenant compte des effets du capital humain et des caractéristiques socio-démographiques et situationnelles des répondants.


Capital social, réseaux sociaux et aide sociale

L’utilité des réseaux sociaux en tant que ressource sociale favorisant l’atteinte de certains objectifs a été démontrée dans de nombreuses recherches. Plusieurs travaux se sont penchés sur le soutien social qui peut être fournis par les réseaux sociaux (Schweizer et al., 1998 ; Wellman et Gulia, 1999 ; Degenne et Lebeaux, 1997 ; Auslander et Litwin, 1990). D’autres recherches se sont intéressées à l’utilité des réseaux sociaux dans la recherche d’emplois et l’atteinte de statut occupationnel sur le marché du travail (Granovetter 1973, 1974 ; De Graaf et Flap, 1988 ; Lai et al., 1998 ; Lin et al., 1981a, 1981b ; Lin et Dumin, 1986 ; Montgomery, 1992). Dans la même tradition, Stoloff et al. (1999) ont montré que les réseaux sociaux peuvent avoir un effet sur la participation des femmes au marché du travail.

Si de nombreux efforts ont été déployés pour cerner l’utilité des réseaux sociaux dans la recherche d’emplois et le positionnement socio-économique des individus, la plupart ont porté sur des populations qui sont actuellement en emploi ou actives sur le marché du travail, le plus souvent des hommes (Stoloff et al., 1999). Il semble exister seulement quelques recherches qui se sont intéressées à l’influence des réseaux sociaux sur des populations à statut socio-économique très bas. Sprengers et al. (1988) ont montré qu’il y a un lien entre le niveau de capital social, défini comme le nombre de liens et le statut social des contacts dans les réseaux personnels, et le fait de se trouver un emploi à la suite d’une période de chômage ainsi que sur la durée des périodes de chômage. Parish et al. (1991) se sont intéressés aux réseaux sociaux de jeunes mères prestataires de l’aide sociale et de leurs effets sur la réintégration en emploi. Leurs résultats les amènent à la conclusion que ce qui semble important pour les femmes échantillonnées « was not non working kin who were ready to provide child care but employed kin who somehow linked respondents to the labor force » ( Parish et al., 1991 : 209) et ce en contrôlant l’effet d’autres variables comme la scolarité et les expériences de travail. Ces recherches semblent confirmer que, même pour des personnes parmi les plus démunies, comme les chômeurs et les prestataires de l’aide sociale, les réseaux sociaux peuvent être une ressource pour l’insertion en emploi au même titre qu’ils le sont pour les participants plus réguliers au marché du travail.

Une des limites inhérentes aux analyses de réseaux réside dans leur caractère essentiellement structurel. Elles conduisent généralement à montrer les bénéfices associés à l’utilisation des réseaux sociaux, mais elles ont souvent négligé l’examen des mécanismes concrets qui produisent ces effets et, plus encore, de préciser le type de ressource que les réseaux peuvent constituer. De façon récente ont émergé des travaux qui permettent de combler ces lacunes. Nan Lin (1999) trace un parallèle étroit entre sa théorie dite des « ressources sociales » et le concept de capital social développé dans d’autres horizons théoriques, notamment par Bourdieu (1980, 1986) et Coleman (1988, 1990). Dans son optique, les ressources sociales fournies par les réseaux ne sont rien d’autre que du capital social en cela qu’elles constituent des ressources « utiles » dont la nature est « sociale ». Lévesque et White (1999) font aussi le lien entre capital social et réseaux sociaux, en faisant ressortir que les réseaux sociaux constituent l’espace social dans lequel le capital social est produit. Dans cette perspective, le capital social ne se réduit cependant pas à l’existence de liens sociaux organisés en réseau, sa valeur résulte plutôt de l’importance des ressources présentes dans le réseau et de la façon dont ces ressources sont mobilisées pour devenir utilisables.


Le modèle conceptuel

L’analyse présentée ici conçoit les réseaux sociaux comme source de capital social et vise à déterminer si le capital social détenu par des prestataires de l’aide sociale peut être un facteur facilitant une prise d’autonomie de leur part à l’égard du système de sécurité du revenu. Le capital social est défini comme les ressources qui sont potentiellement rendues accessibles par la participation à des réseaux sociaux. Il est conçu comme une ressource de plus ou moins grande valeur dont dispose les individus, et qu’ils peuvent utiliser ou investir dans leurs actions visant l’atteinte de différents objectifs dont la sortie de l’aide sociale.

La population observée est composée de deux groupes de prestataires de longue durée de l’aide sociale (plus de deux années consécutives). La distinction entre les groupes renvoie au fait que le premier est composé de personnes toujours inscrites à l’aide sociale, alors que le second se distingue par le fait que ses membres ont quitté de façon plus ou moins complète le système d’aide sociale. Ce deuxième groupe est nommé « personnes en insertion précaire » en raison de la situation précaire, du point de vue socio-économique, dans laquelle ces personnes se retrouvent. Une description détaillée des critères utilisés pour la constitution des groupes est présentée plus loin.

L’hypothèse générale de la recherche est que le groupe des personnes en insertion précaire dispose d’un capital social dont la valeur est plus grande que celle du groupe des prestataires toujours inscrits, et que ce capital social a contribué, à tout le moins en partie, à la sortie de l’aide sociale pour les personnes en insertion.

L’évaluation de la valeur du capital social

Selon la définition du capital social retenue dans cet article, sa valeur est fonction des ressources qui sont comprises à l’intérieur des réseaux sociaux auxquels les individus participent. La question est de savoir de quelle façon évaluer la valeur de ces ressources.

Deux approches différentes peuvent être identifiées dans les recherches analysant l’effet des réseaux sur l’insertion ou le positionnement professionnel. Les travaux de Granovetter (1973, 1974) et ceux qui s’inscrivent dans cette tradition ont mis l’accent sur les réseaux sociaux en tant que véhicule ou diffuseur d’informations. De ce point de vue, les réseaux sociaux facilitent la recherche d’emplois en transportant l’information quant aux emplois disponibles ce qui permet d’établir un lien entre la demande et l’offre (Montgomery, 1992).

Une autre approche met l’accent sur les réseaux sociaux en tant que réservoir de ressources, dont l’information n’est qu’une dimension. Plusieurs recherches ont ainsi attiré l’attention sur l’importance de considérer les réseaux dans leur totalité plutôt que de mettre l’accent uniquement sur les liens qui sont effectivement utilisés pour l’obtention d’un emploi (Stoloff et al., 1999 ; Campbell et al., 1986 ; Montgomery, 1992 ; De Graaf et Flap, 1988). En effet, les réseaux sociaux, particulièrement dans le cas de populations défavorisées se trouvant à l’écart du marché du travail dominant, peuvent fournir d’autres formes de ressources allant, par exemple, de la motivation à l’exemple, en passant par la mise en valeur des compétences.

Sur le plan empirique, concevoir les réseaux sociaux comme un bassin potentiel de ressources disponibles pour des individus, implique un bon nombre d’avantages. Cela permet de prendre en considération des populations qui ne sont pas actuellement en emploi, comme c’est le cas pour les prestataires d’aide sociale. Par exemple, en utilisant cette approche, Stoloff et al. (1999) ont montré un lien positif entre la qualité et la diversité des réseaux sociaux et la propension des femmes à participer au marché du travail.

Par ailleurs, en se situant dans l’optique du capital social, s’il convient d’admettre que certains liens ont une valeur particulière par les ressources qu’ils véhiculent, on ne peut restreindre la valeur du capital social présent dans un réseau social à quelques relations particulières. Au contraire, les chercheurs qui conçoivent les réseaux sociaux comme le lieu de production du capital social suggèrent que la valeur de celui-ci découle de l’existence d’un processus d’échanges généralisés à l’ensemble du réseau (Lin, 1999 ; Lévesque, 2000).

C’est dans cette dernière direction que s’inscrit la démarche empirique d’évaluation de la valeur du capital social. La valeur des ressources présentes dans les réseaux sociaux — qui forment le capital social potentiellement accessible aux individus — est dégagée par l’étude de l’étendue des réseaux. Plusieurs recherches ont déjà utilisé cette perspective dont Campbell et al. (1986) qui ont montré que l’étendue des réseaux est un bon marqueur du statut socio-économique, mesuré ici par le niveau de revenu familial et la scolarité et Huang et Tausig (1990) qui obtiennent les mêmes résultats tout en utilisant des données et une méthodologie légèrement différentes.

L’étendue réticulaire est définie comme la diversité des acteurs et des liens que comporte un réseau (Burt, 1983). Un réseau comprenant des acteurs diversifiés est présumé fournir un accès plus grand aux ressources en cela que, plus le nombre de liens est grand et plus les liens sont de natures différentes, plus la probabilité d’avoir accès à des ressources différentes par le biais de ces liens est grande. Par exemple, un réseau composé de relations avec des acteurs qui occupent un rang social prestigieux risque de fournir des ressources socialement plus appréciables qu’un réseau composé d’acteurs qui occupent des positions socialement défavorisées ou dévalorisées (Campbell et al., 1986 ; Degenne et Forsé, 1994).


Le protocole de recherche


L’hypothèse d’une contribution significative du capital social dans la sortie de l’aide sociale est testée en faisant une comparaison entre deux groupes de prestataires inscrits de façon continue entre octobre 1991 et septembre 1993, dont un, les personnes en insertion précaire, a quitté le système d’aide sociale en octobre 1993 et l’autre a poursuivi son inscription de façon continue jusqu’en septembre 1996. Les analyses cherchent à identifier quels sont les facteurs qui permettent d’expliquer l’appartenance à l’un ou l’autre des groupes pendant la période de référence qui s’étend d’octobre 1993 à septembre 1996.

Afin de cerner l’influence spécifique du capital social, les analyses incluent une série de variables reliées au capital humain et à d’autres caractéristiques individuelles ou situationnelles réputées être associées à la sortie de l’aide sociale. La prise en compte simultanée de tous ces facteurs permet d’identifier la contribution spécifique de chacun dans le parcours vers la sortie de l’aide sociale pour les personnes en insertion précaire.

La reconstitution des réseaux

La première étape conduisant à l’identification de l’étendue des réseaux sociaux consiste à reconstituer les réseaux sociaux auxquels participent les répondants. On parle ici de réseaux personnels ou égocentriques qui sont donc restreints aux seuls liens qui existent entre un individu, l’ego, et l’« ensemble » des membres de son réseau, ses alters (Degenne et Forsé, 1994 ; Wasserman et Faust, 1994). On considère qu’il existe un lien entre deux personnes, ou entre une personne et un organisme, si on est en présence d’un processus d’interactions ou d’échanges entre un ego et un alter (McCallister et Fischer, 1978).

Cette définition générale mérite quelques précisions. Tout d’abord, n’ont été retenus que les liens qui impliquent l’existence d’un contact direct, actuellement ou dans le passé. Les liens qui ont existé dans le passé, mais qui ne sont plus nécessairement en activité soutenue, ont été pris en compte. Cette décision repose sur la volonté de ne pas sous-estimer la présence des liens faibles dans les réseaux, liens qui, souvent, sont constitués de contacts éloignés tant au plan spatial, affectif que temporel (Granovetter, 1973, 1974).

Les réseaux personnels ont été reconstitués en tentant d’identifier « l’ensemble » des liens que chaque ego entretient avec ses différents alters. Notons toutefois que l’atteinte de l’exhaustivité dans ce domaine est habituellement hors de portée car il est extrêmement difficile d’obtenir une information complète de la part des individus sur la composition de leurs réseaux (Hammer, 1984 ; Campbell et Lee, 1991).

Les générateurs de noms ont été construits en adoptant la stratégie développée par McCallister et Fischer (1978) qui consiste à demander aux répondants d’indiquer avec quelle personne ils font telle ou telle activité. Par rapport aux stratégies plus traditionnelles qui identifient les alters par le type de relations entretenues avec ego (par exemple, quels sont vos trois meilleurs amis ?), cette approche permet d’identifier les alters qui constituent la « totalité » de l’espace de sociabilité des répondants.

Pour les fins de l’analyse, trois générateurs de noms ont été développés afin de construire autant de réseaux personnels « spécialisés » (tableau 1). Le premier, qui est identifié sous le nom de réseau des relations sociales, renvoie aux personnes avec qui ego a des contacts dans le cadre d’activités de sociabilité générale. Le second réseau, nommé relations d’emploi, regroupe les liens qui touchent directement ou indirectement le monde du travail. Il s’agit de relations qui intègrent la dimension de l’emploi que ce soit sous la forme de discussions entourant le marché du travail, d’échanges d’informations relatives aux emplois, du fait d’être un « contact » potentiel pour l’obtention d’un emploi ou encore parce que le lien a été établi dans un contexte de travail. Le dernier réseau comprend les liens avec des organismes communautaires sous l’hypothèse que ce genre de contacts peut constituer une ressource pour les individus qui les fréquentent tant par les services qu’ils offrent que par le fait qu’ils peuvent constituer des lieux propices au développement des réseaux sociaux. Le réseau des organismes comprend les liens qui existent entre un ego et des organismes de différents types : groupes communautaires, d’entraide, ou d’aide à l’emploi.

Pour les alters du réseau d’emploi, certaines informations ont été recueillies : âge, genre, niveau de scolarité, statut occupationnel, et le fait d’avoir déjà été inscrits à l’aide sociale. De plus, certaines caractéristiques de la relation entre ego et chaque alter ont été relevées : la durée du lien, les circonstances de la rencontre, le types de relation et la fréquence des contacts. Pour des raisons de contraintes de la collecte — la durée des entretiens principalement — ces informations sur les alters et sur leurs relations avec ego n’ont pu être recueillies que pour le réseau d’emploi. De plus, toujours pour les mêmes raisons, la taille du réseau d’emploi a été limitée aux 10 premiers alters nommés à cette étape de la collecte [1].

La création de ces réseaux spécialisés a aussi permis la production d’un quatrième réseau, nommé réseau intégral, qui regroupe l’ensemble des liens entre ego et des individus. Il est constitué des liens non redondants compris dans le réseau des relations sociales et le réseau d’emploi.

La mesure de l’étendue


L’étendue est considérée ici comme un indicateur des ressources disponibles dans un réseau et comme une mesure du capital social potentiellement accessible aux individus. La mesure de l’étendue s’inspire de Campbell et al. (1986) qui suggèrent de l’évaluer en considérant trois dimensions : la diversité, la taille et la densité. La diversité renvoie à la présence d’alters de différents statuts dans le réseau, la taille implique à la fois le nombre de liens et le nombre de relations. La densité est conçue comme l’inverse de la diversité : plus un réseau est dense, moins il sera diversifié. La mesure de la densité proposée par les auteurs est centrée sur la force des liens entre ego et les alters selon l’hypothèse que des liens forts risquent de connecter des individus de statuts plus proches que des liens faibles [2]. Notre mesure de l’étendue des réseaux a été réalisée en considérant ces trois dimensions.

La taille des réseaux comprend le nombre de liens que chaque ego possède, le nombre total de relations et le nombre de relations différentes qu’ego entretient avec tous ses alters. L’identification de la taille du réseau est faite pour les trois réseaux spécialisés ce qui résulte en trois mesures différentes de la taille, une pour chacun des réseaux (relations sociales, relations d’emploi et réseau intégral). La taille du réseau inclut aussi la présence d’organismes communautaires et le nombre d’organismes avec qui on a des contacts.

La deuxième dimension du modèle, la densité, comprend, elle aussi, un bon nombre d’indicateurs. La moyenne de la fréquence (9 catégories allant de à chaque jour jusqu’à une fois par année) et de la durée (variable continue) des contacts a été calculée pour le réseau des relations d’emploi seulement [3]. La multiplexité des relations correspond à la moyenne du nombre total de relations entre un ego et tous ses alters dans le réseau intégral. La multiplexité des rôles est mesurée seulement pour le réseau des relations d’emploi et correspond à la moyenne du nombre de rôles (ami, voisin, compagnon de travail, membre de la famille, etc.) joué par chaque alters auprès d’ego. L’intimité renvoie au nombre de personnes avec qui ego entretient une relation de confident et aux relations intimes réciproques (ego est un confident d’alters et vice versa). Le support réciproque comprend le nombre et la proportion d’alters avec qui ego entretient des relations réciproques de support (personnes à qui l’on rend de petits services ou que l’on considère être une personne-ressource).

À la suite des travaux de Marsden et Campbell (1984) qui ont identifié que le meilleur indicateur de la force des liens est l’intensité émotionnelle des relations, c’est cette mesure de la force des liens qui a été utilisée. Elle comprend trois indicateurs apparentés : le nombre total de liens distants (nombre de liens avec des colocataires, ami d’un ami, connaissance, collègue de travail, membre d’un même organisme, voisin) dans le réseau des relations d’emploi, la moyenne du nombre de rôles joués par tous les alter de ce réseau auprès d’ego (famille, travail, ami, voisin, etc.) et la moyenne de la proximité émotive entre ego et chaque alters dans le même réseau (nombre de relations proches / nombre total de relations).

La diversité est mesurée par cinq indicateurs. La proportion d’alters dont le genre est différent de celui d’ego dans les réseaux intégral et de relations d’emploi ; la proportion d’alters du réseau des relations d’emploi dont le niveau de scolarité est plus élevée qu’ego ; et la variation du statut socio-économique : proportion d’alters à l’aide sociale et en emploi dans le réseau des relations d’emploi.


Tableau 1 : Les générateurs de noms

Réseau des relations sociales

1. Au cours de la dernière année, y a-t-il des personnes qui vous ont rendu de petits services comme vous aider à faire des travaux domestiques, vous donner des «lifts», vous prêter des jouets, des outils, garder vos enfants, etc. ou tout autres «services» de ce genre ?

• Au cours de la dernière année, avez-vous aidé des personnes pour le même genre de travaux ou rendu ce type de services à des personnes ?

2. Vous arrive-t-il de visiter des personnes à leur domicile ?

    • Vous arrive-t-il de recevoir des personnes à votre domicile ? (exclure, évidemment, les rencontres de commercial ou de sollicitation, etc.)

3. Vous arrive-t-il de faire des «sorties» comme aller dans un bar, au bingo, faire du sport, aller au cinéma, au restaurant, etc. ? Avec qui ?

4. Certaines personnes ont tendance à se confier à d’autres lorsqu’elles ont des problèmes ou des choses qui ne vont pas bien dans leur vie. Lorsque vous rencontrez des difficultés dans votre vie, avez-vous tendance à en parler à quelqu’un ?

    • Y a-t-il des personnes qui vous parlent de leurs problèmes personnels ?

5. Certaines personnes ont des amis, des connaissances ou des «personnes-ressources» avec qui elles peuvent avoir des contacts, réguliers ou non, mais qu’elles consultent lorsqu’elles ont besoin d’informations ou des problèmes à régler comme, par exemple, réparer un objet, remplir un formulaire, etc.. Connaissez-vous ce genre de personnes ?

    • Y a-t-il des personnes qui viennent vous voir pour ce genre de services ou des personnes qui vous considèrent comme une «personne-ressource» pour elles-mêmes ?

6. Certaines personnes ont des amis ou des connaissances qu’elles ne voient que très rarement soit parce que l’occasion de les rencontrer ne se présente pas souvent, soit parce qu’ils habitent loin, ou tout simplement faute de temps. Avez-vous des amis ou des connaissances avec qui vous avez ce genre de relations ?

7. Y a-t-il d’autres personnes qui sont présentes dans votre vie et que vous n’avez pas nommées jusqu’ici ?

Réseau des relations d’emploi

1. Vous arrive-t-il de discuter du marché du travail, de la difficulté à trouver un emploi, une «job» ou une «jobine» ?

2. Connaissez-vous des personnes qui, selon vous, pourraient vous aider à trouver un emploi, une «job» ou une «jobine» ? Pensez à des personnes avec qui vous avez des contacts actuellement ou avec qui vous avez eu des contacts dans le passé.

3. Avez-vous conservé des contacts avec des personnes qui ont travaillé avec vous dans le passé ?

    • de plus, les répondants étaient invités à nous fournir le nom de toutes les personnes qui ont été impliquées dans leur recherche d’emplois ou de «jobines» dans le passé ainsi que dans leur participation à un programme de soutien à la recherche d’emplois ou de développement de l’employabilité. Il pouvait s’agir de personnes qui leur ont fourni des informations relatives à un emploi ou un programme disponible, des contacts avec des employeurs ou qui les ont recommandé pour un emploi ou tout simplement embauché.

Réseau des organismes

1. Au cours des cinq dernières années, avez-vous eu des contacts suivis avec [liste de noms d’organismes ou institutions publiques]: (le contact suivi implique que l’organisme est perçu par la personne comme une «ressource» qu’elle peut utiliser en cas de besoin)

2. Connaissez-vous des organismes gouvernementaux ou des groupes «communautaires», privés ou religieux qui, selon vous, pourraient vous aider à trouver un emploi, une «job» ou une «jobine». ? Pensez à des organismes ou des groupes avec qui vous avez des contacts actuellement ou avec qui vous avez eu des contacts dans le passé.

    • Au cours des cinq dernières années, avez-vous utilisé les services de ces organismes ou groupes ?

3. Lorsque vous éprouvez des problèmes personnels ou familiaux, des difficultés de logement, de nourriture, de vêtements ou encore avec l’assurance chômage, la CSST ou l’aide sociale, avez-vous tendance à demander de l’aide à des organismes («communautaires», privés ou gouvernementaux) ?

4. Faites-vous du bénévolat ou êtes-vous impliqué dans des groupes «communautaires», religieux ou un parti politique ?

5. Avez-vous des contacts réguliers avec d’autres organismes ou groupes que vous n’avez pas nommés jusqu’ici ? (Pensez à des organismes comme des comités logements, l’ADDS, des comptoirs alimentaires ou vestimentaires, des groupes de femmes, de parents ou d’hommes, les AA, des groupes qui s’occupent de loisirs ou de sports, etc.)

    • le nom de tous les organismes mentionnés est recueilli et, pour les organismes qui sont inconnus des interviewers, le répondant est invité à préciser de quel genre d’organisme ou de groupe il s’agit.



Au total, le modèle théorique de la mesure de l’étendue des réseaux fait appel à 26 variables différentes.


Les caractéristiques individuelles et situationnelles, le capital humain et l’utilisation de l’aide sociale

Plusieurs indicateurs ont été utilisés pour tenir compte de l’effet spécifique des caractéristiques individuelles, situationnelles et du capital humain sur la sortie de l’aide sociale. Concernant les caractéristiques individuelles, les indicateurs habituels ont été retenus (genre, âge, statut civil).

Les caractéristiques situationnelles comprennent la présence d’enfants, la situation de monoparentalité et le lieu de résidence. La présence d’enfants est réputée avoir un effet significatif et positif sur la participation à l’aide sociale. Cette dernière est considérée comme un désincitatif au travail, particulièrement pour les femmes, à cause des coûts, économiques et autres, associés à la garde (Charette et Meng, 1994 ; Harris, 1993, 1996). Par ailleurs, la présence d’enfants est parfois perçue comme un incitatif à l’inscription ou au maintien à l’aide sociale dans la mesure où elle permet un accroissement des prestations versées (Moffitt, 1992). Finalement, puisque la présence d’enfants implique des besoins financiers plus élevés, elle peut constituer un obstacle à l’insertion en emploi pour des personnes qui n’ont généralement accès qu’à des emplois peu rémunérés. Quatre indicateurs sont utilisés pour décrire l’éventail des modalités parentales : la présence d’enfants, la présence d’enfants qui réside à la maison avec leur parent, la présence d’enfants d’âge préscolaire et le nombre d’enfants.

Associée aux enfants, mais reflétant une situation qui est plus complexe que la simple présence d’enfants, le fait de vivre en situation de monoparentalité, aussi réputée pour avoir un effet négatif sur la sortie de l’aide sociale (Duclos et al. 1996), est aussi considéré.

Selon la région où ils habitent, les répondants sont confrontés à certaines variations de l’état du marché du travail en terme d’accessibilité (le taux de chômage) ou en terme de structure d’activités économiques. Les trois régions retenues (Montréal, Québec et Laval) se démarquent à la fois par leur taux de chômage au moment de la collecte et par les caractéristiques de leurs secteurs d’activités économiques [4].

Pour le capital humain, 4 indicateurs sont retenus. D’abord, le niveau de scolarité est mesuré en quatre catégories selon le diplôme le plus élevé qui a été obtenu. La deuxième composante du capital humain renvoie à l’expérience de travail. Deux indicateurs sont utilisés : le fait de posséder au moins une expérience de travail de 6 mois consécutifs avant octobre 1993, et la durée totale des expériences de travail avant cette même date. L’expérience de travail est mesurée en octobre 1993 car il s’agit là de la date fixée pour le début de la période de référence, c’est-à-dire la date à laquelle le groupe des personnes en insertion précaire a quitté l’aide sociale. Cette façon de calculer l’expérience de travail permet de comparer l’expérience de travail possédée par les deux groupes tout juste avant que les personnes en insertion précaire quittent le système d’aide sociale. Finalement, le fait d’avoir participé à un programme de développement de l’employabilité ou à une mesure de soutien à la recherche d’emplois offerts par le système de Sécurité du revenu est considéré comme une composante du capital humain. Puisque l’offre de ce type de programmes repose essentiellement sur l’objectif de développer le capital humain des participants la prise en compte de cette dimension dans la mesure du capital humain va de soi.

Le dernier facteur considéré est la durée totale de l’inscription à l’aide sociale. Ce facteur de durée est souvent considéré dans les recherches comme un marqueur de la difficulté à sortir de l’aide sociale. On considère que plus le séjour à l’aide s’allonge, plus faible sera la probabilité d’en sortir (Lacroix, 1997 ; Duclos et al. 1996 ; Barrett, 1994). Pour les deux groupes la durée à l’aide sociale est mesurée en octobre 1993, date qui marque le début de la période de référence.


Les données

Les données ont été recueillies auprès de 216 personnes résidant dans trois régions du Québec, soit Montréal, Québec et Laval. L’échantillon aléatoire a été fourni par le ministère de la Sécurité du revenu à partir de ses fichiers administratifs [5]. Les personnes sélectionnées devaient correspondre aux critères suivants :

  • habiter une des trois régions ciblées pour la recherche ;
  • être de langue maternelle française (pour assurer l’homogénéité selon ce critère) ;
  • avoir moins de 55 ans (les personnes plus âgées n’étaient pas considérées « disponibles » selon le régime de sécurité du revenu du Québec au moment de la collecte) ;
  • être considérées « apte » au travail selon les critères de la sécurité du revenu du Québec ;
  • avoir été inscrites à la sécurité du revenu pendant au moins 24 mois consécutifs de septembre 1991 à septembre 1993 [6].

Sur la base de ces caractéristiques communes, les deux groupes d’observation ont été construits en appliquant les critères suivants :

  • les personnes du premier groupe (les inscrits actuels, 108 personnes) devaient avoir maintenu leur inscription à l’aide sociale de façon continue du mois d’octobre 1993 à septembre 1996 ;
  • les personnes du second groupe (les personnes en insertion précaire, 108 personnes) devaient avoir quitté l’aide sociale pendant au moins 24 mois, dont 18 mois consécutifs entre octobre 1993 et septembre 1996 [7].

Les deux groupes ainsi constitués ont en commun un long passage à l’aide sociale et se distinguent par le fait que le second a quitté l’aide sociale pour une insertion plus ou moins précaire. On peut alors examiner l’influence des différents facteurs décrits dans cette section sur le parcours des deux groupes pendant la période de référence.

Les données descriptives de toutes les variables mentionnées plus haut sont présentées au tableau 2. Signalons enfin que la collecte des informations a été faite par le biais d’entretiens structurés, généralement au domicile des personnes sélectionnées. La durée des entretiens varie de 1 à 3 heures.


Les résultats

L’analyse de l’étendue

Afin d’identifier les composantes caractérisant l’étendue des réseaux, l’ensemble des variables relatives à la mesure de l’étendue a été soumis à une analyse factorielle [8] dont la solution optimale regroupe 15 variables en 5 facteurs. Les résultats présentés au tableau 3 concordent avec ceux d’autres recherches qui, malgré des différences relativement majeures dans les méthodologies et les populations observées, ont identifié une structure interne de l’étendue des réseaux similaire à celle observée ici (Campbell et al., 1986 ; Huang et Tausig, 1990).

La taille du réseau se divise en deux facteurs : la taille du réseau des relations d’emploi d’une part, et la taille des deux autres réseaux, relations sociales et intégral, d’autre part. Le troisième facteur correspond à la force des liens. Le nombre total de relations distantes et le nombre moyen de rôles dans le réseau des relations d’emploi ont tous deux un coefficient de saturation positif (.737 et .719), alors que la moyenne de la proximité émotive a un coefficient négatif (–.857). Les relations distantes constituent une mesure quasi directe des liens faibles. Par ailleurs, le nombre de rôles dans un réseau est considéré inversement proportionnel à la force des liens (Granovetter, 1973 ; Forsé, 1997 ; Degenne et Forsé, 1994) ce qui se reflète dans la valeur négative du coefficient associé à la proximité émotive et indique que ce facteur mesure en fait la présence de liens faibles dans le réseau. Le quatrième facteur rend compte du niveau d’intimité dans le réseau intégral. Il regroupe deux items, le nombre de relations intimes entretenues par ego dans ce réseau et la moyenne du nombre de relations ego-alters. Cette dernière mesure relève de l’intimité sous l’hypothèse qu’il est probable que les relations intimes soient associées avec une diversité de relations (Marsden et Campbell, 1984). Finalement, le cinquième facteur correspond à la présence et au nombre d’organismes dans le réseau.


Tableau 2.
[au bas du tableau ]
Statistiques descriptives des caractéristiques socio-démographiques et des composantes du «capital humain»*
personnes
en insertion
prestataires précaire
(%) (%)
Caractéristiques socio-démographiques
genre (féminin) 51.9 50.0
âge (moyenne en années) 41.3 39.1
statut civil
marié légalement 13.9 3.9
déjà marié (séparé, divorcé, veuf) 25.9 19.4
célibataire (jamais marié) 60.2 66.7
présence d’enfants (oui) 65.7 59.3
présence d’enfants à la maison (oui) 40.7 41.7
présence d’enfants d’âge préscolaire (oui) 6.5 8.3
nombre d’enfants (moyenne) 1.5 1.2
être en situation de monoparentalité 24.1 15.7
Régions
Montréal 33.3 36.1
Laval 33.3 30.6
Québec 33.3 33.3
Capital humain
scolarité
sans diplômes 60.2 43.5
diplôme d’études secondaires 26.9 38.0
diplôme d’études collégiales 7.4 13.9
baccalauréat 5.6 4.6
participation (oui) 61.1 59.3
posséder au moins une expérience de travail d’une durée de 6 mois
consécutifs avant octobre 1993 (oui)
91.7 90.7
nombre d’années d’expérience de travail accumulées avant
octobre 1993 (moyenne en années)
10.2 8.7
Durée totale à l’aide sociale avant octobre 1993
(moyenne en années)
6.9 6.4
N 216

* aucune différence significative à p < .05. [á haut du tableau]



Tableau 3 : Coefficient de saturation pour l’étendue des réseaux
[au bas du tableau]
Composantes
Facteurs [1]
1 2 3 4 5
Nombre de liens dans le réseau des
relations d’emploi
.867 .303 .233 * *
Nombre de relations proches dans le
réseau des relations d’emploi
.848 * * .238 *
Nombre potentiel de liens dans le
réseau des relations d’emploi
.840 .382 .208 * *
Nombre de relations identifiées par
ego, réseau potentiel des relations
d’emploi
.839 .351 .245 * *
Nombre de liens dans le réseau des
relations sociales
.241 .909 * * *
Nombre de liens dans le réseau
intégral
.436 .860 .158 * *
Nombre de relations identifiées par
ego (réseau des relations sociales)
.258 .774 * .531 *
Nombre de relations identifiées par
ego (réseau intégral)
.431 .752 .152 .441 *
Moyenne de la proximité émotive
dans le réseau des relations d’emploi
* -.258 -.857 .167 *
Nombre total de relations distante
dans le réseau des relations d’emploi
.518 .276 .737 * *
Nombre moyen de rôles dans le
réseau des relations d’emploi
* * .719 * *
Moyenne du nombre de relations
ego-alter dans le réseau intégral
* * * .917 *
Nombre de personnes avec qui ego a
des relations intimes dans le réseau intégral
* .320 * .593 .172
Nombre d'organismes qui font partie
du réseau
* * * * .903
Avoir au moins un organisme dans
son réseau
* * * * .893

* indique que la valeur des coefficients de saturation est inférieure à 0.15.
1. le modèle explique 84% de la variance, seules les variables retenues sont présentées.
Facteur 1 : taille du réseau des relations d’emploi
Facteur 2 : taille des réseaux de relations sociales et intégral
Facteur 3 : les liens faibles
Facteur 4 : l’intimité
Facteur 5 : réseau d’organisme [á haut du tableau]



L’influence des réseaux sur la probabilité de faire partie de l’un ou l’autre des groupes

L’hypothèse de la recherche est testée en trois temps. Tout d’abord, une analyse de régression logistique est conduite pour identifier l’influence des facteurs traditionnels (les caractéristiques individuelles et situationnelles, le capital humain et la durée à l’aide sociale) sur la probabilité de faire partie du groupe en insertion. On examine ensuite si les 5 facteurs de l’étendue des réseaux identifiés à la section précédente ont la capacité de prédire l’appartenance à l’un ou l’autre des groupes d’observation. Finalement, un troisième modèle de régression logistique est développé pour cerner l’influence nette des facteurs de réseau en présence des facteurs traditionnels. On retrouve les résultats de ces analyses au tableau 4.

Le premier modèle présente une analyse de l’influence des facteurs traditionnels sur l’appartenance au groupe 2. Le modèle de régression n’est pas significatif, c’est-à-dire que l’ensemble des facteurs inclus dans ce modèle ne peut expliquer l’appartenance à l’un ou l’autre des groupes. Si on considère que les données descriptives présentées au tableau 2 ne présentent aucune différence significative entre les deux groupes ce résultat étonne guère. Les conséquences de cette situation seront explorées dans la section suivante.

Le deuxième modèle de régression logistique identifie quatre facteurs de réseau qui ont une influence significative sur la probabilité d’appartenir au groupe des personnes en insertion précaire. Il s’agit des deux facteurs de taille des réseaux, de la force des liens et de la présence d’organismes dans le réseau. Le facteur d’intimité n’a pas de contribution significative au modèle. Pour les deux premiers facteurs, les ratios de cotes sont de 1.83 et 1.92, indiquant un rapport positif entre la taille des réseaux et l’appartenance au groupe des personnes en insertion. La présence de liens faibles a un effet similaire avec un ratio de cotes de 2.1. Par contre, la présence d’organismes dans le réseau réduit la probabilité d’appartenir au groupe 2, la valeur du ratio de cotes est de 0.69.

Le troisième modèle intègre les facteurs de réseau et les facteurs traditionnels. Les résultats montrent qu’en présence des facteurs traditionnels, les facteurs réticulaires conservent leurs effets significatifs, et on observe un léger accroissement de la valeur des ratios de cotes.

Ces analyses illustrent que, pour les prestataires de longue durée observés, les caractéristiques de l’étendue de leurs réseaux sont les meilleurs marqueurs de l’appartenance à un groupe de personnes qui ont réussi à quitter la sécurité du revenu de façon plus ou moins précaire. Les résultats soutiennent donc l’hypothèse voulant qu’il existe des différences marquées dans la constitution des réseaux sociaux des deux groupes de personnes sous observation et que cette différence a contribué à la sortie de l’aide sociale pour le second groupe.

Ces résultats conduisent cependant à s’interroger sur le sens de la relation qui existe entre les réseaux et la sortie de l’aide sociale : est-ce les réseaux qui conduisent à la sortie de l’aide sociale, ou la sortie de l’aide sociale qui conduit au développement de réseaux de meilleure qualité ? L’examen de la durée des liens qui constituent les réseaux peut nous fournir quelques indications utiles pour répondre à cette question. En considérant que la période qui suit la sortie de l’aide sociale est plus récente, si les réseaux des personnes en insertion précaire ont été formés après cette sortie, la durée des contacts avec les membres de leurs réseaux devrait être inférieure à celle observée pour les prestataires toujours inscrits à l’aide sociale. Une analyse de la durée des liens dans le réseau d’emploi montre qu’il n’y a pas différence significative entre les deux groupes [9]. Par ailleurs, pour les personnes en insertion, seulement 2 % de ces liens ont une durée inférieure à 5 ans, ce qui démontre que la plupart des liens, et donc des réseaux, ont été constitués avant la sortie de l’aide sociale. Ces résultats incitent à croire que ce sont les réseaux qui ont joué un rôle important dans la sortie de l’aide sociale alors que la situation inverse est improbable.


Tableau 4. Résultats de la régression logistique
[au bas du tableau]
modèle 1 [1]
modèle 2 [1]
modèle 3 [1] [5]
B Ratio
de
cotes
B Ratio
de
cotes
B Ratio
de
cotes
Constante .8447 .0614 .1074
genre (féminin) .0796 1.0828 .1855 1.2039
âge -.0190 .9812 .0038 1.0038
statut civil [2]
séparé, divorcé, veuf .1137 1.1204 -.1066 .8989
célibataire (jamais marié) .0876 1.0916 -.1777 .8372
présence d’enfants .3331 1.3953 .2512 1.2856
présence d’enfants à la maison .7231 2.0609 1.0583 2.8816
présence d’enfants d’âge
préscolaire -.1514 .8595 -.5544 .5744
nombre d’enfants -.2360 .7898 -.3790 .6846
être en situation de
monoparentalité -1.0999 .3329 -1.0895 .3364
régions [3]
Laval -.2503 .7786 .0151 1.0152
Québec -.2125 .8086 .3526 1.4227
scolarité [4]
diplôme secondaire .7070 2.0279 .2700 1.3099
diplôme collégial .9874 2.6843 .3197 1.3767
diplôme universitaire .0899 1.0941 -.6546 .5197
avoir participé à un programme -.3288 .7198 -.2789 .7566
avoir de l’expérience de travail
( + 6 mois consécutifs) avant
octobre 1993 -.0665 .9356 .8007 2.2270
nombre d’années d’expérience
avant octobre 1993 -.0116 .9885 -.0196 .9806
nombre d’années à l’aide sociale
avant octobre 1993 -.0059 .9941 .0153 1.0154
Facteur 1 : taille du réseau des
relations d’emploi .6038*** 1.8291 .7247*** 2.0641
Facteur 2 : taille des réseaux de
relations sociales et intégral .6526*** 1.9206 .6665*** 1.9474
Facteur 3 : les liens faibles .7343**** 2.0840 .8274**** 2.2873
Facteur 4 : l’intimité .2611 1.2983 .2132 1.2377
Facteur 5 : réseau d’organismes -.3780* .6852 -.5106** .6002
N [6]
216
209
209
- 2 log likelihood
280.008
234.204
218.618
Degrés de liberté
18
5
23
Chi-square
19.431
55.412****
70.998****

* p < 0.05, ** p < 0.01, *** p < .001, **** p <.0000
1. le groupe de référence est le groupe 1 : les prestataires actuels.
2. la catégorie de référence est marié légalement.
3. la région de référence est Montréal.
4. la catégorie de référence est sans diplôme.
5. le modèle prédit 75.6% des observations.
6. pour les modèles 2 et 3 il y a 7 informations manquantes. [á haut du tableau]


Discussion

Le premier constat qui ressort des résultats présentés est l’absence d’influence significative des facteurs traditionnels sur la probabilité de faire partie du groupe en insertion. D’une certaine manière ces résultats contredisent les conclusions de nombreuses recherches qui établissent un lien entre l’un ou l’autre de ces facteurs et la propension à quitter l’aide sociale.

Il faut cependant rappeler que la population observée ici est différente de celles étudiées dans la plupart de ces recherches. Tous les prestataires de notre échantillon ont passé au moins deux années consécutives à l’aide sociale et, au début de la période d’observation, la durée moyenne à l’aide sociale dépasse les 6 années. Cette situation indique que les personnes de notre échantillon constituent un groupe particulier de prestataires, ce qui est d’ailleurs en lien avec l’objectif de la recherche qui est de cerner les facteurs qui influencent la sortie de l’aide sociale pour des prestataires de longue durée.

Les caractéristiques individuelles et situationnelles sont similaires entre les deux groupes indiquant qu’elles ne constituent pas un obstacle insurmontable pour la sortie de l’aide sociale. Par exemple, même en ayant atteint l’âge auquel ce facteur commence à compter négativement pour l’insertion en emploi, les personnes en insertion ont pu quitter le système de sécurité du revenu.

La structure du marché du travail dans lequel les personnes évoluent, elle aussi, n’intervient pas de façon significative sur la probabilité de sortie. Bien que les variations d’une région à l’autre ne sont pas de très grande ampleur on aurait pu s’attendre à un effet significatif, même limité. Par contre, même si l’inscription globale à l’aide sociale varie de façon significative selon le taux de chômage (Fortin et Séguin, 1996), on sait qu’il demeure toujours un bassin d’inscrits, qui sont très souvent des inscrits de longue durée comme ceux qui composent notre échantillon, qui ne semblent pas être très affectés par l’évolution du marché du travail (Bane et Ellwood, 1994).

Plus important cependant est l’absence d’effets significatifs des composantes du capital humain sur la probabilité de faire partie du groupe en insertion. Cette situation illustre, selon nous, un élément majeur pour la compréhension de la dynamique de l’aide sociale de longue durée. Les prestataires de longue durée de notre échantillon, contrairement à certaines perceptions, n’apparaissent pas aussi démunis sur le plan du capital humain « formel » qu’on le dit souvent. Ils ont des expériences de travail relativement importantes et, dans les deux groupes, on retrouve des proportions significatives d’individus qui ont une formation académique complète, souvent de niveau post-secondaire. Du point de vue du capital humain et de la durée du séjour à l’aide sociale les deux groupes ne se démarquent pas. Et pourtant, au moment de la collecte, les personnes en insertion précaire avaient pu quitter l’aide sociale et les autres non. Loin d’être associé à des facteurs contingents, les analyses montrent que ce qui distingue le groupe en insertion de l’autre ce sont les caractéristiques de leurs réseaux personnels qui affichent un lien significatif avec la sortie de l’aide.

Cette absence de relations entre le capital humain et la sortie peut trouver son explication dans l’hypothèse avancée par plusieurs chercheurs (entre autres Lacroix, 1997 ; Barrett, 1994 ; Duclos et al. 1996) à l’effet que la valeur du capital humain diminue avec la durée du séjour à l’aide sociale. Selon cette hypothèse, il apparaît logique que le fait de choisir d’observer des prestataires de l’aide sociale de longue durée entraîne une diminution de l’impact des facteurs de capital humain, la valeur de ce dernier ayant déjà été dépréciée pour cette population.

Bien qu’il existe de nombreux débats quant à la validité de cette hypothèse, si on la retient, il faut obligatoirement s’interroger sur la manière de déterminer la valeur du capital humain. En effet, selon les critères habituellement retenus, toutes les personnes observées disposent de caractéristiques de capital humain qui sont relativement importantes. Si ces dernières n’apparaissent pas suffisantes pour permettre de quitter l’aide sociale, c’est que la valeur du capital humain ne se limite pas à la simple possession de ces différentes composantes. Ce ne serait donc pas l’absence de ces composantes du capital humain en elle-même qui pose problème, mais plutôt le fait que la valeur qu’elles possèdent est limitée. Cela conduit à établir une distinction entre les composantes du capital humain et leur valorisation qui, elle, semble passer par une participation au marché du travail.

Les résultats nous éloignent donc d’une conception du capital humain qui fait reposer sa valeur sur ses caractéristiques propres tel que proposée par Becker (1964), et attirent l’attention vers l’importance de considérer que la valeur du capital humain est fonction à la fois de ses caractéristiques propres et de l’état du marché dans lequel il est impliqué (ou non) [10]. Par exemple, la première conception postule qu’un détenteur de baccalauréat possède un certain niveau de capital humain, alors que, dans la seconde, le baccalauréat a une valeur de capital humain seulement s’il est échangé sur un marché et ce sont les particularités de ce marché qui détermine sa valeur.

Cette distinction jette un éclairage nouveau sur les limites des programmes de développement de l’employabilité. Ceux-ci visent principalement l’acquisition de différentes composantes du capital humain par les prestataires, mais néglige le processus de valorisation de ces composantes qui passe par une participation normale au marché du travail, participation à laquelle les emplois subventionnés ou les programmes d’insertion de toutes sortes, plus ou moins rémunérés, ne semblent pas pouvoir suppléer. C’est d’ailleurs à ce niveau que le capital social peut intervenir avec le plus d’impacts en favorisant la valorisation du capital humain soit directement, par le biais de la référence auprès d’employeurs par exemple, soit indirectement en facilitant l’intégration au marché du travail, par l’information notamment.

Si on considère maintenant chacun des facteurs de réseau pris isolément, les résultats montrent que les ressources comprises dans les réseaux peuvent constituer un apport significatif qui permet de rendre compte de la diversité des parcours de prestataires de longue durée. La taille des réseaux et les liens faibles sont positivement corrélés avec la sortie de l’aide sociale, alors que le niveau d’intimité dans le réseau n’a pas d’effets significatifs [11].

Le rôle joué par les organismes dans ce portrait mérite qu’on s’y attarde. La prise en compte de ces derniers dans l’analyse de l’étendue des réseaux reposait sur l’hypothèse que ceux-ci peuvent constituer une ressource pour les individus, soit par le biais des services qu’ils rendent, soit par le potentiel d’élargissement des réseaux sociaux qu’ils constituent. Les résultats montrent que la présence d’organismes a un effet négatif sur la probabilité de faire partie du groupe en insertion ce qui va à l’encontre des résultats attendus. Bien que les informations disponibles ne permettent pas de la vérifier, une hypothèse peut être avancée pour rendre compte de cette situation. La participation à des organismes d’entraide, de défense des droits, etc. met en contact des personnes de même statut socio-économique, c’est-à-dire des personnes qui ont besoin des services de ces organismes. Même si la participation à ces groupes peut favoriser l’atteinte de certains objectifs comme obtenir une aide alimentaire, vestimentaire, ou favoriser une certaine « insertion sociale », on peut croire qu’elle contribue à maintenir ou à insérer les participants à l’intérieur de réseaux sociaux qui ne possèdent pas le type de ressources ou de capital social qui peuvent favoriser la sortie de l’aide sociale (White, 1994). Cette hypothèse va d’ailleurs dans le sens des conclusions des travaux de Nan Lin et de ses collaborateurs (1981a, 1981b, 1986) qui suggèrent que l’utilité d’un lien social est fonction du statut social des personnes qui sont impliquées. Elle va aussi dans le sens des travaux récents sur le capital social qui propose que la valeur du capital social est moins fonction de l’existence de liens sociaux en tant que tels, que de la valeur des ressources auxquelles ces liens donnent accès (Lévesque, 2000 ; Lin, 1999 ; Lévesque et White, 1999).

Ces derniers font cependant ressortir le fait qu’il existe deux composantes à la valeur du capital social. D’une part, une dimension structurelle, c’est-à-dire les ressources structurellement présentes dans les réseaux, d’autre part, une dimension dynamique, c’est-à-dire la capacité des acteurs de mobiliser les ressources structurellement disponibles dans les réseaux sociaux. Les résultats présentés ici mettent l’accent exclusivement sur la dimension structurelle du capital social. Il reste donc à établir de quelle façon ces ressources ont été mobilisées par les personnes afin de favoriser leur sortie de l’aide sociale. Cet examen devrait chercher à identifier, par exemple, si effectivement les personnes en insertion précaire ont utilisé des liens réticulaires comme moyen pour sortir de l’aide sociale.


Conclusion


Cette recherche a mis en évidence le lien entre la valeur du capital social et la probabilité de faire partie d’un groupe de prestataires de longue durée qui a quitté l’aide sociale à un moment précis. De plus, et c’est peut-être ce qui est le plus remarquable, le capital social constitue le seul facteur qui intervient pour distinguer les deux groupes observés. Tous les facteurs qui sont traditionnellement invoqués pour rendre compte de la sortie de l’aide sociale et qui ont été considérés ici, n’ont pas d’effets significatifs sur le parcours de ces prestataires de longue durée.

Cette prédominance du capital social dans le parcours vers la sortie de l’aide sociale interpelle la façon dont les politiques de réinsertion en emploi sont formulées. Les limites des démarches de développement du capital humain étaient déjà bien connues (Lacroix, 1997), sans qu’il y ait cependant d’alternatives évidentes à cette approche. En faisant ressortir l’importance du capital social dans le développement d’une plus grande autonomie pour les prestataires de longue durée, cette recherche ouvre de nouvelles perspectives. Elle montre que, pour ces personnes, l’atteinte de cette autonomie passe par l’insertion dans des réseaux sociaux qui peuvent fournir un capital social apte à favoriser le développement de cette dernière, plutôt que l’inscription des personnes dans des réseaux composés principalement de prestataires et de fournisseurs de services qui leur sont destinés.

Comme il a été mentionné plus haut il reste toutefois à établir de façon plus nette de quelle façon s’organise concrètement la dynamique du capital social pour produire des effets sur l’atteinte d’une autonomie à l’égard de l’aide sociale. Pour aller plus avant, d’autres travaux centrés sur cette dimension dynamique du capital social, c’est-à-dire sur ses modes de constitution, de maintien, de développement et de mobilisation, seront nécessaires.


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Notes

1 Pour les trois quarts des répondants cette limite de 10 personnes n’a pas été atteinte. Cette restriction a affecté environ 20% des répondants. Le nombre de contacts éliminés n’est cependant pas très élevé se limitant la plupart du temps à 1 ou 2.
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2 Cette approche pour mesurer la densité est différente de celles habituellement utilisées qui renvoient au rapport entre le nombre de liens entre les alters et le du nombre de liens possibles (voir Degenne et Forsé, 1994).
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3 Ces informations ne sont pas disponibles pour le réseau des relations sociales.
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4 Pendant toute la période de la collecte et l’année précédente, le taux de chômage est le plus élevé à Montréal et le plus faible à Laval, Québec occupe une position mitoyenne. L’écart entre Montréal et Laval est, en moyenne, de 2 points de pourcentage. Par ailleurs, en 1997, on observe d’importantes variations dans la structure socio-économique des trois régions. Par exemple, les Industries manufacturières occupent proportionnellement deux fois plus de personnes à Montréal et Laval qu’à Québec. Les emplois du secteur Commerce sont proportionnellement plus nombreux à Laval qui possède aussi le secteur Services le moins développé. Finalement, Québec a la plus grande proportion de main-d’oeuvre intégrée dans l’Administration publique (ces informations proviennent du site internet de l’Institut de la statistique du Québec).
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5 Ces informations ont pu être obtenues suite à une autorisation de la Commission d’accès à l’information du Québec.
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6 Septembre 1991 correspond à la première inscription à l’aide sociale pour 15% des répondants. Cette proportion est similaire pour les deux groupes. La durée moyenne de l’inscription à l’aide sociale est présentée au tableau 2.
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7 Ce critère peut apparaître quelque peu alambiqué, mais il résulte des contraintes de la réalité particulière de la population des prestataires de longue durée au Québec. En effet, très peu de prestataires de longue durée quittent le système d’aide sociale de façon définitive à un moment précis (dans notre cas, septembre 1993). Les critères utilisés pour définir ce groupe sont les plus « sévères » qui pouvaient être retenus tout en permettant la constitution d’un échantillon de la taille voulue. Ajoutons que pendant la période de référence de trois ans, 57.4% des personnes en insertion précaire n’ont reçu aucune prestation de l’aide sociale, les autres ont touché des prestations, en moyenne, pendant 9 mois.
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8 Analyse en composante principale, rotation varimax.
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9 Les résultats de l’analyse de comparaison de moyenne sont les suivants : t 1.713, df. 207, p > .05. La durée des liens n’est disponible que pour le réseau d’emploi.
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10 C’est dans cette direction que Bourdieu (1986) traite de la valeur du capital culturel. Le capital culturel peut être considéré comme une variante du capital humain qui inclut certaines dimensions non considérées dans le capital humain, dont les « dispositions » des individus.
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11 Notons que les résultats concernant l’intimité, s’ils sont conforment aux hypothèses émises dans cette recherche, se démarquent des approches qui considèrent que la disponibilité de liens d’intimité (famille, amis) constituent une forme de soutien social importante — notamment pour les soins, le soutien psychologique, etc. Les résultats présentés ici ne contredisent pas ces courants de pensée, mais attirent l’attention sur le fait que les réseaux qui sont réputés fournir du « soutien social » ne sont pas nécessairement de même nature que ceux qui favorisent l’accès à un meilleur statut social.
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